Le 8 mars prochain, les droits des femmes sont à l’honneur. En commémorant les personnalités qui ont lutté pour leurs droits et les avancées sociales, politiques et juridiques, il s’agit de rappeler le maintien nécessaire des efforts pour parvenir à une société plus égale et plus juste.
La Fondation de l’Avenir est pleinement investie à ESS France et au Centre français des Fonds et Fondations, dont les projets associatifs sont volontaristes en la matière. Aussi, elle souhaite mettre à l’honneur le parcours et l’engagement de deux présidentes de Fondations abritées, avec qui elle œuvre et collabore depuis plus de 10 ans :
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Native de la région Occitanie et titulaire d’une formation en droit pénal, Nicole est ancienne dirigeante bancaire d’une caisse régionale. Son engagement pour les questions sociales l’a amenée à débuter une thèse sur la protection sociale à l’enfance et finalement à s’engager bénévolement auprès des plus démunis : l’enfance, les personnes en situation de handicap et les personnes réfugiées notamment. En particulier, elle a créé une association de femmes politiques progressistes, et son parcours a toujours été guidé par les valeurs de liberté de conscience, d’indépendance, d’égalité, de justice et de solidarité. Nicole fait preuve d’un parcours professionnel exigeant doublé d’un engagement humaniste constant au service des plus vulnérables.
Vous retrouverez bientôt le portrait d’autres femmes présidentes des fondations abritées par la Fondation de l’Avenir, à travers des échos sur leurs missions sociales : Danielle CASTELLOTTI, Présidente de la Fondation Sandrine CASTELLOTTI, et Isabelle WUILLEME, Présidente de la Fondation Écouter Voir.
Anthony FOUET, référent recherche en sciences humaines et sociales à la Fondation de l’Avenir s’est entretenu avec Nicole BIGAS et Colette ELLENA pour vous présenter leur parcours, leurs engagements sociaux et en faveur des femmes, ainsi que leur message pour la lutte du droit des femmes. Voici les échanges les plus marquants de ces interviews :
Vous avez toutes les deux évolué dans des univers professionnels très masculins. Comment avez-vous vécu le fait d’être une femme dans ces contextes ?
Colette ELLENA : Je me suis engagée en Mutualité en 1978. J’ai d’abord été administratrice, puis je suis entrée au Bureau, où j’étais la seule femme. À l’époque, la vie n’a pas été facile : on organisait parfois les réunions à des horaires où je ne pouvais pas toujours être disponible en raison de mon travail. Mais malgré cela, j’ai persévéré, car on demande beaucoup trop aux femmes. On leur demande de faire leurs preuves, même quand leur parcours démontre déjà leurs capacités et leur potentiel à diriger une association ou une entreprise, autant que les hommes.
Nicole BIGAS : Je faisais partie de la première promotion de femmes qui entrait dans la banque. J’ai donc appris très tôt à collaborer avec ces messieurs qui voyaient arriver les femmes avec un état d’esprit parfois condescendant, voire paternaliste. Il a fallu développer mon indépendance morale, intellectuelle, financière et technique. C’est essentiel si l’on veut exister, se défendre et peser autant que les hommes.
Que représente pour vous le rôle que vous occupez à la présidence de votre Fondation ?
Nicole BIGAS : Être présidente, c’est représenter des valeurs, mais surtout agir concrètement : financer des projets, essaimer sur le territoire, travailler en complémentarité avec d’autres fondations. C’est aussi faire évoluer les mentalités, notamment sur la vieillesse et l’isolement. Mais rien ne se fait seule : c’est un travail d’équipe.
Colette ELLENA : La fondation est la continuité naturelle de notre engagement mutualiste. Être présidente, c’est assumer une responsabilité morale et collective, mais aussi créer des liens entre chercheurs, associations et citoyens pour que nos actions aient un impact réel. Et c’est aussi préparer la relève.
En quoi les engagements de votre Fondation contribuent-ils à la cause des femmes ?
Colette ELLENA : Les femmes mettent souvent leur santé au second plan, derrière leurs enfants ou leur famille. Nos actions visent à les sensibiliser à leur propre santé et à soutenir des projets de recherche qui les concernent directement. Par ailleurs, je suis engagée dans un réseau d’accompagnement des femmes victimes de violences : l’objectif est de les aider concrètement à sortir de l’isolement.
Nicole BIGAS : Dans la vieillesse, les femmes sont plus nombreuses, souvent veuves, isolées et fragilisées financièrement. Notre rôle est de lutter contre cet isolement, de favoriser le lien intergénérationnel et de soutenir des actions qui permettent aux femmes âgées de rester autonomes et accompagnées. L’indépendance est essentielle.
En cette Journée des droits des femmes, que reste-t-il à accomplir ?
Nicole BIGAS : Il reste beaucoup à faire. Les inégalités salariales persistent, les stéréotypes aussi. Il faut déconstruire les logiques de domination qui nourrissent le harcèlement et les violences. Rien n’est jamais définitivement acquis, et chaque avancée reste fragile.
Colette ELLENA : Les droits ne sont jamais acquis. Même l’IVG, pour laquelle des femmes comme Simone Veil ont mené un combat historique1, peut être remis en cause. Et les violences faites aux femmes restent une réalité quotidienne. Tant que des femmes hésiteront à porter plainte ou à quitter un conjoint violent par peur de la précarité, le combat ne sera pas terminé.
Quel message souhaitez-vous faire passer ?
Colette ELLENA : Que les femmes libèrent leur parole. Qu’elles n’acceptent pas de rester seules face aux violences ou à la précarité. Il existe des associations, des réseaux, des numéros d’aide. La première étape, c’est oser parler.
Nicole BIGAS : Les droits des femmes sont des droits humains. L’égalité ne se décrète pas : elle se construit en déconstruisant les rapports de domination. Si nous luttons contre la domination et le harcèlement, nous ouvrons la voie au respect et à l’égalité réelle.
1 Lors de sa mobilisation aux droits à l’IVG, Colette Ellena a assisté au débat parlementaire mené par Simone Veil. Elle a eu l’occasion de la rencontrer et d’échanger avec elle. Depuis, Simone Veil est un « guide » pour elle, notamment en matière de défense du droit des femmes.