Pair-aidance : quand l’expérience des patients transforme les soins

La pair-aidance, fondée sur le partage d’expérience entre personnes ayant vécu une maladie ou une situation similaire, s’impose progressivement comme un complément aux soins traditionnels. Dans cette dynamique, la Fondation de l’Avenir soutient les recherches qui mettent l’accent sur cette expertise et contribuent à faire évoluer les pratiques vers une approche toujours plus humaine et participative.

La pair-aidance, une pratique en plein essor

De l’entraide informelle aux métiers du soin

La pair-aidance trouve ses racines dans des formes d’entraide spontanées et informelles entre personnes confrontées à des pathologies ou handicaps similaires. Au fil du temps, ces pratiques se sont progressivement propagées dans le monde et des pairs-aidants interviennent aujourd’hui de manière informelle ou professionnelle dans les établissements de soins, les associations ou les programmes d’accompagnement, en complément des équipes médicales.

Une approche née de la santé mentale

L’intégration du soutien par les pairs dans les soins s’est d’abord développée à la fin du XVIIIᵉ siècle, dans le domaine de la psychiatrie et santé mentale. Elle a permis l’accompagnement de personnes souffrant de troubles psychiques ou de maladies mentales, comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires. C’est notamment Jean-Baptiste Pussin qui, en tant qu’ancien patient à Paris et devenu gardien, a initié la défense de pratiques plus humaines (réduction de la contention, amélioration des conditions de vie, etc.) et a encouragé le recrutement d’anciens malades, convaincu qu’ils faisaient preuve d’une plus grande bienveillance envers les patients.

La pair-aidance se développe vraiment au XXᵉ siècle, notamment aux États-Unis avec les Alcooliques Anonymes (AA) en 1935, puis dans les années 1970 avec les mouvements des usagers en santé mentale, valorisant l’expérience vécue et le rétablissement. Progressivement institutionnalisée à partir des années 1990, la pair-aidance montre ses premiers effets positifs sur la santé mentale.

En France, son développement est plus récent et encore en structuration. Ce n’est qu’à partir des années 2010 que des études scientifiques ont commencé à évaluer ces modèles. En 2023, on comptait environ 150 médiateurs de santé pairs.

Le modèle de la pair-aidance s’étend à d’autres maladies

Depuis le XXe siècle, les groupes de soutien se structurent et étendent leur champ d’action. Aujourd’hui, la pair-aidance permet d’accompagner des patients dans de nombreux domaines en France, comme celui du handicap, avec les recommandations du rapport « Zéro sans solutions » en 2014, puis le dispositif « Une réponse accompagnée pour tous ». La pair-aidance est aussi un réel pilier dans l’accompagnement des personnes atteintes de maladie chronique, de cancer, d’addiction ou de maladie rare. Des initiatives communautaires comme les groupes d’entraide mutuelle (des structures associatives qui offrent un lieu de rencontre et d’entraide à des personnes atteintes de troubles ou de handicaps neurologiques) proposent un soutien entre pairs, souvent informel et non rémunéré.

La pair-aidance s’inscrit aussi dans plusieurs politiques publiques liées à la sécurisation des parcours, à la feuille de route santé mentale et psychiatrie, à la stratégie nationale des troubles du neurodéveloppement ainsi qu’à la prévention et à la lutte contre la pauvreté.

Cette extension témoigne d’une évolution des pratiques de soin, qui reconnaissent de plus en plus la complémentarité entre savoir médical et expérience vécue.

Pourquoi l’expérience vécue change l’accompagnement

Le pouvoir de la pair-aidance et du partage d’expérience

Le partage d’expérience entre pairs repose sur une reconnaissance mutuelle. Le fait d’échanger avec une personne ayant traversé des situations similaires crée un climat de confiance différent de celui d’une relation classique avec un professionnel de santé. Cette proximité favorise une parole plus libre, sans jugement, et permet d’aborder des aspects parfois difficiles à exprimer dans un cadre médical.

La pair-aidance apporte ainsi une compréhension et une analyse plus fine des parcours de vie, des obstacles rencontrés et des ressources mobilisées pour y faire face.

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Un levier pour l’autonomie et le rétablissement

La pair-aidance contribue à renforcer l’autonomie des patients, en particulier par le partage de stratégies et d’expériences concrètes, qui encourage une reprise de contrôle sur la maladie et sur le quotidien. Cette approche s’inscrit dans une logique d’« empowerment », où le patient devient vraiment acteur de son parcours.

Elle permet aussi de mieux appréhender les différentes étapes du parcours, d’anticiper certaines difficultés et de développer ses propres ressources. Dans des moments clés (comme l’annonce du diagnostic, le début d’un traitement ou le retour à domicile) la présence d’un pair-aidant peut apporter un soutien plus que précieux dans la quête du rétablissement, un objectif qui implique de suivre deux lignes d’action en même temps dans le parcours de soin : l’une centrée sur la rémission symptomatique et l’autre sur l’avenir de la personne.

La pair-aidance permet par ailleurs, à ceux qui la pratiquent, de mettre en avant leur histoire, en renforçant leur estime de soi et en donnant du sens à leur parcours à travers l’accompagnement des autres.

Un impact sur l’adhésion aux soins

Le pair-aidant contribue à renforcer l’adhésion aux soins en facilitant le quotidien des patients et en rendant les parcours plus compréhensibles. Grâce à son expérience vécue, il aide à mieux appréhender la maladie, à donner du sens aux traitements et à dépasser certaines représentations négatives ou décourageantes. Par la force de l’exemple, il montre qu’il est possible de s’inscrire dans une démarche de soin dans la durée, d’anticiper les difficultés et de construire le rétablissement.

En apportant ce savoir expérientiel, complémentaire à celui des professionnels, les pairs-aidants participent ainsi à améliorer la qualité des soins et à renforcer la continuité des parcours.

Intégrer les pairs-aidants dans les systèmes de santé

Former et reconnaître les pairs-aidants

La Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) indique que pour être pair-aidant, la personne doit avoir suivi un parcours de soins et avoir l’expérience d’une maladie et/ou d’un handicap. Le pair-aidant ne peut être un proche, autrement il s’agit de proche aidance.

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Pour structurer et professionnaliser ce rôle, des formations spécifiques se développent aujourd’hui. Elles reposent sur un socle commun centré sur les relations de pairité, les savoirs expérientiels (c’est-à-dire les connaissances issues du vécu) et le travail en équipe pluridisciplinaire. Ces parcours proposent également des spécialisations dans différents domaines, comme la santé mentale, les addictions, les maladies chroniques, le handicap ou encore la grande précarité.

L’objectif est de renforcer les compétences des pairs-aidants afin d’améliorer la qualité des accompagnements et la qualité de vie des personnes paires aidées. Les formations permettent notamment d’apprendre à créer une relation de confiance, à partager son expérience de manière adaptée, à animer des groupes de pairs ou encore à soutenir l’autonomie des personnes accompagnées. Elles insistent aussi sur l’importance d’une réflexion éthique et sur la capacité à travailler en collaboration avec les professionnels de santé.

Le champ de la pair-aidance reste en grande partie porté par le bénévolat, même si les pairs-aidants peuvent intervenir sous des formes variées : salariés, bénévoles, indépendants ou de manière informelle.

En France, malgré le développement d’approches participatives en santé et l’émergence de formations, l’absence d’un cadre homogène entraîne des disparités importantes selon les territoires, notamment en matière de statut, de conditions d’exercice ou de rémunération. Cette situation limite l’intégration durable des pairs-aidants dans les équipes de soins.

Dans un contexte de recours croissant à la pair-aidance dans le champ sanitaire, médico-social et social, la Haute Autorité de Santé (HAS) s’est auto-saisie en fin d’année 2023, afin de proposer des recommandations de bonnes pratiques sur cette modalité d’intervention qui vient s’insérer dans les parcours de soins et d’accompagnement des personnes.

Toujours dans un objectif de reconnaissance, une proposition de loi visant à reconnaître et à encadrer la fonction de médiateur de santé pair en santé mentale (n° 2393) a également été déposée le 27 janvier 2026.

Travailler en complémentarité avec les soignants

Les pairs-aidants apportent un angle de vue précieux à l’expertise médicale, en partageant une compréhension plus globale et concrète du vécu des patients. Leur expérience permet de mieux percevoir certaines difficultés du quotidien, comme les freins à

la prise des traitements, les effets secondaires mal exprimés ou l’impact de la maladie sur la vie personnelle. En santé mentale, par exemple, les pairs-aidants interviennent aux côtés des psychiatres, psychologues et infirmiers pour mieux prendre en compte la réalité des personnes souffrant de troubles psychiques, qu’il s’agisse de troubles anxieux, dépressifs ou psychotiques, et ainsi enrichir la prise en charge psychiatrique.

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En mettant en lumière ces dimensions souvent invisibles en consultation, ils aident les professionnels à ajuster leurs décisions et à proposer un accompagnement plus adapté. Cette collaboration enrichit la prise en charge, la rendant plus attentive aux réalités de chaque patient, tout en respectant pleinement le rôle de chacun.

Évaluer les effets de la pair-aidance sur les parcours de santé

Il n’existe pas aujourd’hui de système d’évaluation standardisé et universel pour mesurer les bénéfices de la pair-aidance. Son impact est principalement étudié à travers des travaux de recherche et des études cliniques, qui utilisent différents indicateurs selon les contextes (santé mentale, addictologie, maladies chroniques).

Ces études mettent en évidence certains effets mesurables, comme l’amélioration du rétablissement, de la qualité de vie ou de l’adhésion aux soins, ainsi qu’une diminution des hospitalisations.

Toutefois, les méthodes d’évaluation restent hétérogènes et les résultats varient selon les dispositifs, ce qui rend difficile une mesure globale et uniforme de ses bénéfices.

La pair-aidance au service d’une santé plus participative

Patients partenaires et recherche participative

La pair-aidance s’inscrit dans une évolution plus large vers une santé participative. Les patients sont d’ailleurs de plus en plus impliqués dans la recherche, notamment au travers des démarches de co-construction des études.

Leur expérience est très utile, car elle permet d’identifier des besoins concrets, d’adapter les protocoles et d’améliorer la pertinence des recherches.

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Changer le regard sur la maladie

En valorisant l’expérience de la maladie ou du handicap, la pair-aidance contribue à changer les regards et les préjugés. Elle permet de dépasser une vision uniquement centrée sur les symptômes pour intégrer les dimensions sociales, psychologiques et humaines.

Cette lutte contre la stigmatisation repose sur le fait de montrer que les patients ne se résument pas à leur pathologie, mais qu’ils peuvent développer des compétences, accompagner d’autres personnes souffrant du même mal et jouer un rôle actif dans les soins.

Elle aide aussi à déconstruire certaines idées reçues, notamment en santé mentale ou en addictologie.

Développer des soins plus humains à travers la pair-aidance

La pair-aidance rend les soins plus humains en intégrant l’expérience vécue des patients dans l’accompagnement. Elle favorise une relation de confiance, plus horizontale et sans jugement, qui permet une meilleure écoute et expression des besoins.

En complément de l’expertise médicale, elle aide à adapter les soins aux réalités du quotidien, pour une prise en charge plus personnalisée et respectueuse.

Soutenir les initiatives et la recherche

Le développement de la pair-aidance repose sur des initiatives novatrices et grandit grâce à des collaborations entre acteurs de santé, chercheurs et patients

Un exemple de collaboration soutenue par la Fondation de l’Avenir illustre cette dynamique : le projet de co-aidance entre la Fondation Mutac et la Fondation Matmut.

Depuis sa création en 1987, la Fondation de l’Avenir soutient des projets qui favorisent l’innovation en santé et la diffusion des connaissances. En accompagnant des démarches comme la pair-aidance, elle contribue à faire évoluer les pratiques vers une médecine plus participative et plus attentive aux besoins des patients.

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