L’addiction correspond à une difficulté persistante à contrôler un comportement, malgré la connaissance de ses conséquences négatives. Elle regroupe à la fois les dépendances liées à des substances psychoactives (substances qui peuvent agir sur les pensées, les émotions ou le comportement, comme l’alcool, le tabac, les drogues et certains médicaments), mais aussi les addictions comportementales, telles que le jeu.
En 2019 et selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’alcool a été responsable de 2,6 millions de décès et la consommation de drogues psychoactives de 600 000 décès.
Le tabac, quant à lui, tue presque la moitié des personnes qui en consomment et qui n’arrêtent pas. Il fait plus de 7 millions de morts chaque année, dont 1,6 million de non-fumeurs et non-fumeuses à cause du tabagisme passif.
En France, la consommation de substances psychoactives est associée à plus de 100 000 décès évitables chaque année, liés notamment à des accidents ou à des maladies, dont près de 40 000 cancers. Les conduites addictives sont ainsi impliquées dans environ 30 % de la mortalité prématurée (décès avant 65 ans).
Ces consommations ont un impact direct sur la santé, mais aussi sur le système de soins et l’économie des pays. Les coûts liés au tabagisme par exemple, sont considérables et comprennent les soins de santé pour traiter les maladies qui en découlent, mais aussi la perte de capital humain due à sa morbidité et à sa mortalité.
De nouvelles dépendances ont émergé ces dernières années.
D’un côté, on retrouve les addictions comportementales (qui ne reposent pas sur la consommation de substances, mais sur la pratique excessive d’une activité devenue difficile à contrôler). Elles se manifestent par la sensation d’une tension croissante avant le passage à l’acte, suivie d’un sentiment de plaisir ou de soulagement.
Aujourd’hui, seules certaines sont officiellement reconnues, comme l’addiction aux jeux d’argent ou aux jeux vidéo, mais d’autres sont également à l’étude, notamment la cyberdépendance (usage excessif d’internet et des réseaux sociaux), les achats compulsifs, l’addiction sexuelle ou encore la pratique sportive excessive.
Par ailleurs, certains médicaments psychoactifs, comme les antalgiques opioïdes ou les anxiolytiques, font désormais l’objet d’une surveillance accrue (addictovigilance). Les antalgiques opioïdes peuvent en effet entraîner une dépendance physique et un phénomène de tolérance lorsqu’ils sont utilisés sur une longue durée, même dans un cadre médical. Cette dépendance peut s’accompagner d’un syndrome de sevrage, conduisant parfois le patient à prolonger la prise au-delà de la prescription initiale. Le mésusage est aussi alarmant. Il correspond à une utilisation inadaptée d’un médicament (augmentation des doses, prolongation du traitement sans avis médical ou usage détourné).
Entre 2011 et 2023, près de 6 000 décès par surdose seraient survenus en France, d’après les enquêtes annuelles d’addictovigilance DRAMES (Décès en Relation avec l’Abus de Médicaments Et de Substances) et DTA (Décès Toxiques par Antalgiques). Une hausse de 45 % des hospitalisations a été constatée.
80% des décès par surdose sont dus aux opioïdes selon le Ministère de la Santé.
On observe une vulnérabilité particulièrement marquée chez les jeunes. En effet, la période entre 15 et 25 ans est très à risque, notamment à cause des comportements d’expérimentation, des changements hormonaux et physiques, de la construction de l’identité de la recherche d’intégration sociale ou encore, de la pression scolaire et l’orientation professionnelle.
Les troubles de santé mentale constituent l’un des principaux facteurs de risque. L’anxiété, la dépression, les troubles du comportement (troubles alimentaires, troubles de la personnalité), peuvent fragiliser les jeunes et augmenter leur vulnérabilité. Selon un rapport de 2024 de l’Assurance Maladie, près de 936 000 jeunes ont bénéficié d’un remboursement de psychotrope en 2023 dans ce cadre, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2019.
Découvrez le projet Rétabablissement, soutenu par la Fondation de l’Avenir, qui propose d’impliquer usagers, soignants et proches dans la co-construction d’une intervention tabac dans des services de santé mentale qui pratiquent des soins orientés rétablissement.
Le circuit de la récompense repose sur un équilibre entre le système de la récompense (fait de ressentir une satisfaction à la suite d’un comportement ou d’une action et nous conduisant à le renouveler) et le cortex préfrontal, aussi appelé système exécutif. Chez une personne sans addiction, ce dernier régule la recherche de plaisir en tenant compte des risques et des objectifs à long terme. Mais lorsque ce contrôle diminue, le système de la récompense prend le dessus.
La libération de dopamine (neurotransmetteur qui provoque la sensation de plaisir), particulièrement intense lors de la consommation de substances psychoactives, renforce alors la recherche de ce plaisir. Progressivement, la consommation passe d’un comportement impulsif à un comportement compulsif, marquant la perte de contrôle caractéristique de l’addiction.
L’addiction ne s’explique pas par un seul facteur. Elle résulte d’une interaction entre des éléments biologiques, psychologiques et sociaux.
Les situations de précarité ou d’environnement social défavorable jouent un rôle prépondérant dans la survenue des addictions : contexte familial difficile, traumatismes, entourage consommateur, isolement social, accès facilité aux produits ou aux jeux… Certaines prédispositions génétiques peuvent aussi augmenter la vulnérabilité, mais elles ne suffisent pas à expliquer l’apparition d’une dépendance. Elles influencent par exemple la sensibilité du cerveau au circuit de la récompense, la manière dont une personne ressent les effets d’une substance ou encore la rapidité avec laquelle une addiction peut s’installer.
Les mécanismes épigénétiques, autrement dit les processus physiques et chimiques qui régulent l’expression de nos gènes, pourraient jouer un rôle important dans l’addiction aux opioïdes. La Fondation de l’Avenir soutient un projet qui consiste à étudier ces mécanismes.
La rechute est une caractéristique fréquente des addictions. Elle ne traduit pas un échec, mais reflète la nature chronique de la maladie. Les souvenirs liés à la consommation, les émotions ou certains environnements peuvent agir comme des déclencheurs.
Cette dimension souligne l’importance d’un accompagnement sur le long terme, qui intègre une prévention des rechutes et la gestion des facteurs de risque.
Plusieurs traitements médicamenteux permettent aujourd’hui de réduire les symptômes de dépendance ou de limiter les envies de consommer. Les traitements de substitution, par exemple, sont utilisés dans la dépendance aux opioïdes. Des médicaments dits « anticraving » peuvent également aider à diminuer le besoin de consommer.
La recherche explore de nouvelles approches pour agir directement sur les mécanismes cérébraux impliqués dans l’addiction. Des chercheurs soutenus par la Fondation de l’Avenir étudient l’utilisation des neurofeedbacks (une approche innovante en neurosciences qui permet notamment d’améliorer les capacités de contrôle d’une personne) comme traitement contre l’hyperphagie émotionnelle.
Un autre projet étudie la neuroimagerie mobile dans le traitement l’addiction alimentaire chez le sujet obèse.
La prise en charge des troubles addictifs repose habituellement sur l’association d’un traitement médicamenteux, d’un suivi psychologique (individuel et collectif) et d’un accompagnement social.
La thérapie non médicamenteuse, de psychothérapie, est très efficace dans le cadre des addictions. Cette prise en charge comprend notamment l’utilisation de thérapies cognitivo-comportementales (TCC), qui s’intéressent à la fois au processus de pensée de l’individu et à son comportement (dans un objectif de diminution des rechutes), en intervenant soit au niveau comportemental, soit au niveau émotionnel et cognitif.
Les outils numériques ouvrent de nouvelles perspectives dans la prise en charge des addictions : applications de suivi, télésanté et analyse des comportements permettent d’accompagner les patients au quotidien.
Des technologies innovantes, comme la réalité virtuelle, sont également étudiées. Un projet soutenu par la Fondation de l’Avenir évalue ainsi l’impact de la réalité virtuelle sur la consommation de cocaïne et son effet sur les risques de rechute.
La recherche clinique permet de trouver des voies d’amélioration dans la prise en charge des addictions. Elle tient compte de la diversité des profils et des mécanismes en jeu dans la dépendance. Les essais menés dans ce domaine ne se limitent pas à tester de nouveaux médicaments : ils évaluent aussi des approches combinées, associant traitements pharmacologiques, thérapies psychologiques et outils numériques, pour mieux répondre à la complexité des dépendances.
L’addiction est aujourd’hui reconnue comme une maladie chronique, mais elle reste encore associée à des représentations négatives. Cette stigmatisation peut freiner l’accès aux soins, en particulier parce qu’elle provoque chez le patient un sentiment de honte et le contraint à s’isoler.
Mieux informer et sensibiliser contribue à changer les regards et à favoriser un accompagnement adapté, plus efficace.
En addictologie, les patients partenaires jouent un rôle important à travers la pair-aidance, qui repose sur l’entraide entre personnes ayant vécu des expériences similaires. Cette approche s’appuie sur une « expertise expérientielle », fondée sur le vécu plutôt que sur un savoir médical, et permet d’apporter un soutien concret et adapté, dans la confiance
Les pairs aidants, souvent engagés après leur propre parcours de rétablissement, contribuent ainsi à accompagner d’autres patients, en complément des professionnels de santé, dans une dynamique de partage et de compréhension.
La prévention occupe une grande place dans la lutte contre les addictions. Elle s’inscrit notamment dans la stratégie nationale de santé et la stratégie interministérielle 2023-2027. Inspirées des recommandations de la Haute Autorité de Santé et de la Charte d’Ottawa, ces actions ont pour objectif de renforcer les compétences individuelles et collectives pour favoriser de meilleurs choix de vie pour une meilleure santé. Elles cherchent à éviter le passage d’un usage occasionnel à un usage à risque ou à une dépendance, et à réduire les dommages liés aux conduites addictives.
Cette prévention s’adapte aux différents publics et contextes de vie, avec une attention particulière portée aux populations les plus vulnérables, comme les jeunes ou les personnes en situation de précarité.
Les avancées dans la compréhension et le traitement des addictions reposent sur une recherche clinique engagée et multidisciplinaire.
Depuis 1987, la Fondation de l’Avenir soutient cette recherche pour mieux comprendre les mécanismes de l’addiction et développer des solutions adaptées aux différents types de patients. En encourageant les collaborations entre chercheurs, soignants et usagers, elle espère réduire les mauvaises pratiques et optimiser les parcours de soins.
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