Perturbateurs endocriniens, peut-on s’en protéger ?

Les perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques omniprésentes dans notre quotidien, perturbent notre système hormonal et pourraient favoriser maladies chroniques et cancers. Leur impact sur le métabolisme, la fertilité, le système nerveux et d’autres fonctions de notre organisme reste complexe à évaluer, mais les avancées scientifiques progressent pour mieux les cibler et protéger les populations. Un enjeu de santé publique à découvrir en détail.

Des perturbateurs présents dans nos corps

Une définition simple pour un problème complexe

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances, qui vient altérer les fonctions du système endocrinien (ou système hormonal) et qui, de ce fait, induit des effets néfastes sur l’organisme ou celui de l’enfant à venir en cas de grossesse.

Le système endocrinien régule la production et la sécrétion des hormones qui agissent ensuite sur le métabolisme, la croissance, le développement cérébral, la reproduction, le sommeil ou encore l’humeur. Il regroupe en effet l’ensemble des glandes qui produisent des hormones, comme la thyroïde, les ovaires, les testicules ou encore le pancréas.

Les perturbateurs endocriniens peuvent agir de différentes manières. Certains imitent l’action d’une hormone naturelle, d’autres bloquent son fonctionnement ou modifient sa production, son transport ou son élimination par l’organisme.

Ce mimétisme hormonal peut venir perturber des mécanismes biologiques très fins, parfois même à de faibles doses, notamment lorsqu’il survient pendant la période des « 1 000 premiers jours », (de la gestation à la petite enfance, période où l’être humain est particulièrement vulnérable) ou durant la puberté. Les expositions peuvent aussi être plus importante dans certains secteurs professionnels, notamment l’agriculture, l’industrie chimique ou pharmaceutique et le bâtiment, où les travailleurs manipulent des pesticides, des solvants, des plastifiants, des colles, des peintures ou des vernis.

« Les effets des PE peuvent également être différés dans le temps et se transmettre sur plusieurs générations », précise l’Anses.

Extrait du document réalisé dans le cadre du projet porté par Anaïs LESIOURD « Les sciences comportementales comme prisme pour le prototypage d’un dispositif de prévention sur les 1000 premiers jours auprès de futurs parents non sensibilisés »

Ce mimétisme hormonal peut venir perturber des mécanismes biologiques très fins, parfois même à de faibles doses, notamment lorsqu’il survient pendant la période des « 1 000 premiers jours », (de la gestation à la petite enfance, période où l’être humain est particulièrement vulnérable) ou durant la puberté. Les expositions peuvent aussi être plus importante dans certains secteurs professionnels, notamment l’agriculture, l’industrie chimique ou pharmaceutique et le bâtiment, où les travailleurs manipulent des pesticides, des solvants, des plastifiants, des colles, des peintures ou des vernis.

Les sources d’expositions aux perturbateurs endocriniens sont multiples et il existe une grande variété de substances, d’origines très diverses.

Les perturbateurs endocriniens polluent l’air, l’eau, l’alimentation et les objets du quotidien de manière invisible. La responsabilité de la protection des citoyennes et des citoyens contre les effets néfastes des perturbateurs endocriniens repose d’abord sur la régulation industrielle et politique. Éviter toute exposition demande du temps, des moyens et un choix que beaucoup n’ont pas. L’objectif est donc de continuer de s’informer pour tenter de limiter les risques au quotidien.

Plastiques, cosmétiques, pesticides : où trouve-t-on vraiment des perturbateurs endocriniens ?

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans de nombreux produits du quotidien et peuvent pénétrer dans l’organisme par voies alimentaire, respiratoire ou cutanée.

L’exposition peut provenir de la consommation d’aliments ou d’eau contaminés (par des pesticides, des substances issues des emballages, des résidus médicamenteux ou des microplastiques), de l’inhalation de particules présentes dans l’air (pesticides, produits chimiques ou fibres textiles synthétiques) ou encore du contact avec certains cosmétiques, détergents et produits ménagers.

Plus de 1000 substances suspectées dans le monde

Selon l’Inserm, plus de 1000 substances sont aujourd’hui identifiées comme suspectées ou connues pour interagir avec le système endocrinien et peuvent potentiellement devenir plus nocives si elles sont mélangées (l’accumulation de ces sources d’exposition crée un « effet cocktail » particulièrement délétère.

© Ministère de la santé et de la prévention, Anses, Santé publique France, « Mieux comprendre les perturbateurs endocriniens »

Toutefois, seule une partie de ces substances a fait l’objet d’une évaluation complète et présente des effets néfastes sur la santé. En France, l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire) participe activement à cette expertise en les classant par catégories de dangerosité (pour distinguer les PE dits avérés, présumés ou suspectés). De plus, une stratégie nationale sur le PE est portée par les ministères des Solidarités et de la Santé et de la Transition Ecologique. Cette stratégie s’articule autour de trois axes qui visent à informer les professionnels et le grand public, protéger populations et environnement, et renforcer la recherche et mieux surveiller les risques.

Fertilité, cancer, développement : des effets de mieux en mieux documentés

Système hormonal, thyroïde, métabolisme : les premiers touchés

La recherche et les programmes de surveillance apportent des preuves des impacts potentiels des PE sur la santé. L’identification d’un lien de cause à effet entre l’action d’un PE et ses effets néfastes reste complexe. Les pathologies liées à la perturbation endocrinienne sont pour la plupart multifactorielles. Les modifications physiologiques engendrées par les perturbateurs endocriniens sont suspectées de contribuer à l’apparition de nombreux troubles et maladies. Elles favoriseraient en particulier l’apparition de troubles de l’immunité et du système reproducteur masculin et féminin, comme l’endométriose, les fibromes utérins, l’infertilité, l’altération de la qualité du sperme, la puberté précoce, la cryptorchidie (absence de descente d’un ou des deux testicules dans les bourses à la naissance) ou encore l’hypospadias (malformation congénitale dans laquelle l’orifice de l’urètre ne se situe pas à l’extrémité du pénis).

Il existe aussi un niveau de preuve suffisant de l’impact des perturbateurs endocriniens sur les maladies thyroïdiennes auto-immunes et des niveaux de preuves plausibles de leurs effets dans les troubles du métabolisme (tels que l’obésité et le diabète de type 2).

Cancers hormonodépendants : des associations qui s’accumulent

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont suspectés aussi de jouer un rôle dans l’apparition de certains cancers “hormonodépendants”. Leur développement et leur évolution sont influencés par des mécanismes hormonaux. L’exposition aux PE serait ainsi liée à la formation de cancers du sein, de la prostate, de l’ovaire, de l’endomètre, des testicules, mais aussi de lymphomes et de leucémies.

Des études expérimentales et des cohortes de population ont mis en évidence des associations entre certaines expositions et un risque accru de cancers du sein, de la prostate ou encore de la thyroïde. Mais même si les mécanismes biologiques commencent à être mieux compris, ils restent complexes et varient selon les substances, les doses et les périodes d’exposition.

Les bons gestes pour réduire son exposition aux perturbateurs endocriniens

Certains PE sont déjà soumis à des réglementations (restrictions d’usage, interdictions), malheureusement cela ne suffit pas et toute la population est exposée à ces substances. Il existe de nombreuses recommandations pour réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens (PE) au quotidien. Le ministère de la Santé et de la prévention, à travers la stratégie nationale sur les PE, recommande d’agir sur l’alimentation, l’air intérieur et les produits d’entretien ou cosmétiques, ou encore les articles de la vie courante.

Dans l’assiette : contenants, cuisson, choix alimentaires

S’il est impossible d’éliminer totalement son exposition aux perturbateurs endocriniens, plusieurs gestes simples permettent de la limiter au quotidien.

En ce qui concerne l’alimentation, il est notamment recommandé d’éviter de chauffer les aliments dans des contenants en plastique car la chaleur favorise la migration de certains composés vers les aliments. Et de privilégier l’utilisation de récipients et ustensiles de cuisine en verre, en inox, en fonte, en bois ou en céramique. Évitez au maximum le plastique ou les revêtements anti-adhésifs.

Il est aussi recommandé de limiter la consommation d’aliments ultra-transformés ou les plats préparés, pour réduire l’exposition à certaines substances présentes dans les emballages ainsi qu’aux additifs.

iStock

Une alimentation variée, riche en produits frais et, lorsque cela est possible, issue de l’agriculture biologique, contribue à diminuer l’exposition à certains pesticides. Enfin, des traces de perturbateurs endocriniens (comme des résidus de pesticides, ou encore des PFAS) sont régulièrement retrouvées dans l’eau potable du robinet à des seuils de quantification très bas et le plus souvent inférieur à la limite réglementaire. Une partie de la population en France qui réside dans des zones de grandes cultures, de maraîchage intensif, de viticulture, etc., peut être exposée à des dépassements de la limite réglementaire dans l’eau.

Cosmétiques et produits ménagers : apprendre à lire une étiquette

Certains cosmétiques, parfums, vernis, lotions ou produits d’hygiène peuvent contenir des substances comme des parabènes, phtalates ou du triclosan, même si leur utilisation est aujourd’hui mieux encadrée.

Il est conseillé de lire les étiquettes des produits pour mieux identifier les composants.

Les labels de certification biologique ou environnementale constituent également des repères utiles pour choisir des produits répondant à des cahiers des charges plus exigeants.

Par ailleurs, les produits ménagers méritent eux aussi une attention particulière. L’utilisation de produits simples, comme le savon noir, le vinaigre blanc ou le bicarbonate de sodium, permet souvent de limiter le recours à de multiples produits chimiques, tout en restant efficace pour l’entretien courant.

À la maison : aérer, choisir ses matériaux, réduire les sources de perturbateurs endocriniens

L’air intérieur peut contenir un grand nombre de substances chimiques émises par les meubles, les revêtements de sol, les peintures, les textiles, les équipements électroniques ou encore certains jouets. Dans les espaces clos, ces composés peuvent s’accumuler dans l’air ou dans les poussières domestiques. Il est donc essentiel d’aérer quotidiennement son logement, pour renouveler l’air intérieur.

Aussi, lors d’un achat de mobilier ou lorsque vous effectuez des travaux, privilégiez des matériaux faiblement émissifs et respectez les temps d’aération recommandés après la pose de peintures ou de revêtements.

Pour les jeunes enfants, qui portent fréquemment les objets à la bouche et passent davantage de temps au sol, le choix de jouets conformes aux normes européennes et un nettoyage régulier des surfaces permettent également de limiter l’omniprésence de ces substances.

Ce que la réglementation propose et ce qu’il manque encore

Ces dernières années, la réglementation européenne a progressivement renforcé l’encadrement des perturbateurs endocriniens. Il existe en effet un texte législatif de l’Union Européenne entré en vigueur en 2007 pour protéger la santé humaine et l’environnement des risques présentés par les substances chimiques et adopter des règles communes pour favoriser le développement de l’industrie chimique européenne. En France, les perturbateurs endocriniens, et leurs impacts sur la santé, reviennent souvent au cœur des discussions parlementaires. L’exemple de l’acétamipride, réintroduit dans la loi d’urgence agricole de juillet 2026, illustre les controverses : son utilisation continue de diviser, mobilisant associations, scientifiques, professionnels de santé et citoyens contre son emploi.

Au fil du temps, des perturbateurs reconnus comme néfastes pour la santé ont été interdits sur le territoire. C’est le cas du BPA, qui a été prohibé dans les contenants alimentaires en France en 2014, une réglementation qui s’étend au reste de l’Europe et à d’autres bisphénols et dérivés de bisphénols depuis juillet 2026.

ThikStock

Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent.

De nombreuses substances restent encore insuffisamment évaluées, en particulier lorsqu’elles sont utilisées en remplacement de composés interdits. Et même lorsqu’une substance est identifiée comme toxique, la mise en place de son retrait de notre environnement prend plusieurs années.

Les chercheurs s’intéressent également à “l’effet cocktail”, c’est-à-dire aux conséquences potentielles d’une exposition simultanée à plusieurs perturbateurs endocriniens présents à faibles doses. En effet, ces derniers agissent rarement isolément sur la santé : ils s’additionnent et forment des combinaisons multiplicatrices qui peuvent être nocives. Pour répondre à ces défis, la recherche et la science participative sont la clé.

Science participative et recherche : changer d’échelle

L’exposome : cartographier nos expositions

Les chercheurs s’intéressent désormais à l’exposome, un concept qui désigne l’ensemble des expositions environnementales auxquelles une personne est confrontée tout au long de sa vie : substances chimiques, alimentation, qualité de l’air, bruit, stress ou encore conditions de vie.

Pour mieux caractériser ces expositions, plusieurs grandes cohortes françaises suivent des milliers de participants pendant plusieurs années. C’est le cas des études ELFE (Étude Longitudinale Française depuis l’Enfance) qui suit 20 000 enfants depuis leur naissance en 2011 et encore la cohorte SEPAGES (Suivi de l’Exposition à la Pollution Atmosphérique durant la Grossesse et Effet sur la Santé) suit 484 familles depuis 2014. Dans les deux cas, le but est d’identifier d ‘éventuelles corrélations entre expositions aux PE et des événements de santé ou des effets sur la croissance et le développement de l’enfant.

Ces cohortes font partie intégrante de ce que l’on appelle “la biosurveillance”, un outil fondamental qui permet la mesure des niveaux de concentration dans l’organisme (ou imprégnation) de substances chimiques et de leurs produits de dégradation présents dans notre environnement.

La biosurveillance est réalisée par la mesure des niveaux de substances chimiques et de leurs produits de dégradation dans des prélèvements biologiques de sang, d’urine, de cheveux, ou encore de lait maternel (ou biomonitoring).

Soutenir la recherche sur les perturbateurs endocriniens, c’est agir pour tous

iStock

Face à la complexité des perturbateurs endocriniens, aucune discipline ne peut apporter seule toutes les réponses. Chimistes, biologistes, toxicologues, médecins, épidémiologistes, sociologues ou spécialistes des sciences comportementales travaillent désormais ensemble pour comprendre les effets de notre environnement sur la santé, mieux nous informer et nous protéger.

Faire progresser les connaissances sur les perturbateurs endocriniens, c’est aussi permettre d’améliorer les politiques de santé publique, d’adapter la réglementation et de développer des environnements plus favorables à la santé.

Le 22 novembre 2022, la Fondation Santé Environnement de la Mutuelle Familiale (FSEMF) a célébré ses cinq ans. Cet événement a été l’occasion de rappeler l’importance de mieux comprendre les liens entre l’environnement et la santé pour répondre aux grands défis sanitaires actuels. Les travaux du Dr Sylvie Babajko qui ont par exemple été mis en lumière, explorent les défauts de l’émail des dents comme marqueurs précoces d’une exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la petite enfance.

La santé environnementale est enjeu global crucial pour lequel la Fondation de l’Avenir reste pleinement mobilisée en soutenant la recherche dans les différentes dimensions de cette priorité de santé publique.

Faites un don à la Fondation de l’Avenir, soutenez une recherche qui éclaire les liens entre environnement et santé.