Bipolarité

La bipolarité, ou trouble bipolaire, est une pathologie psychiatrique qui touche entre 1 et 8 % de la population. Souvent mal comprise, elle provoque d’importantes fluctuations de l’humeur et peut profondément impacter la vie de la personne atteinte, ainsi que celle de ses proches. À la Fondation de l’Avenir, nous aidons la recherche clinique à innover en matière de pathologies psychiatriques, afin de permettre un diagnostic plus précoce et une meilleure prise en charge des personnes atteintes.

Qu’est-ce que la bipolarité ?

Comprendre la bipolarité

Le trouble bipolaire, ou bipolarité, autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, fait partie des troubles de l’humeur les plus sévères au sein des pathologies psychiatriques qui viennent perturber la régulation émotionnelle. Parmi eux, on distingue les troubles dépressifs unipolaires, caractérisés par une baisse persistante de l’humeur, et les troubles bipolaires, qui entraînent une alternance d’épisodes d’exaltation (aussi appelés épisodes maniaques ou hypomaniaques) et de phases dépressives, entrecoupés de périodes de rémission ou d’humeur dite « normale ».

Ce trouble peut parfois être confondu avec d’autres pathologies psychiatriques, comme la schizophrénie, les troubles anxieux ou les troubles de la personnalité borderline.

Les symptômes et l’évolution de la maladie

On retrouve quatre différents types d’épisodes dans le cadre de la bipolarité, chacun ayant ses propres symptômes associés. On distingue l’épisode maniaque, l’épisode hypomaniaque, l’épisode dépressif majeur et l’épisode mixte.

L’épisode maniaque correspond à une période d’au moins une semaine durant laquelle l’humeur est anormalement élevée. Il s’accompagne d’au moins trois (ou quatre si l’humeur est irritable) symptômes marqués parmi les suivants : la surestimation de soi, le besoin réduit de sommeil, la loquacité excessive, les pensées accélérées, la distractibilité, l’agitation ou l’hyperactivité, et des comportements impulsifs souvent imprudents.

Ces manifestations ont un fort retentissement sur le fonctionnement personnel, social ou professionnel de la personne, et conduisent généralement à une hospitalisation.

L’épisode hypomaniaque est une forme atténuée de manie, avec des symptômes similaires, mais moins intenses. La personne se sent mieux que d’habitude, plus énergique et productive, ce qui peut rendre l’épisode agréable. Toutefois, cette phase reste instable et peut évoluer vers une manie sévère ou une dépression.

La phase dépressive, quant à elle, évoque un épisode dépressif majeur qui se caractérise par une tristesse intense ou une perte d’intérêt, présente depuis au moins deux semaines, avec un impact important sur la vie quotidienne. Il s’accompagne d’au moins quatre autres symptômes : troubles du sommeil, variations de l’appétit, difficultés de concentration, ralentissement ou agitation, culpabilité, faible estime de soi et/ou pensées suicidaires.

Enfin, l’épisode mixte combine simultanément des symptômes de manie et de dépression, ou fait alterner rapidement ces états au cours d’une même journée. La personne peut être agitée, excitée, tout en se sentant déprimée et irritable. Ce type d’épisode est particulièrement dangereux, car il augmente le risque suicidaire.

Dans certains cas, le trouble bipolaire (que ce soit en phase d’exaltation ou en phase dépressive) peut évoluer vers des formes délirantes, lors desquelles le patient peut perdre le contact avec la réalité. Il peut par exemple croire fermement à des choses qui ne sont pas vraies ou être sujet à des hallucinations.

Cette pathologie chronique débute généralement à l’adolescence ou chez le jeune adulte, et peut perdurer toute la vie. Sans traitement adapté, la bipolarité tend à s’aggraver avec le temps. Les cycles peuvent ainsi devenir plus rapprochés (on parle alors de cycles rapides), et les épisodes plus intenses.

La bipolarité en chiffres

Selon l’Organisation Mondiale de la santé (OMS), 40 millions de personnes dans le monde sont atteintes d’un trouble bipolaire. La bipolarité serait la 6ᵉ cause mondiale de handicap.

Il faut en moyenne 9 ans entre l’apparition des premiers symptômes et le bon diagnostic.

La bipolarité débute généralement entre 15 et 25 ans, mais peut être identifiée plus tard dans la vie, vers 50 ou 60 ans, souvent à la suite d’un épisode dépressif résistant.

Comment la bipolarité se manifeste-t-elle ?

Comment reconnaître une personne bipolaire ?

Être bipolaire, ce n’est pas simplement « changer d’humeur ». Il s’agit d’un trouble sévère et pathologique. Il en existe plusieurs formes, chacune ayant ses spécificités en fonction des types d’épisodes vécus par la personne atteinte.

  • Le trouble bipolaire de type I se caractérise par la survenue d’au moins un épisode maniaque ou mixte, fréquemment accompagné d’épisodes dépressifs. Même si une personne ne vit qu’un seul épisode maniaque sans avoir encore connu de dépression, le diagnostic de bipolarité est posé, car il est très probable que d’autres épisodes (maniaques ou dépressifs) surviendront en l’absence de traitement.

Cette forme est généralement plus visible en raison de l’intensité des symptômes maniaques, qui peuvent nécessiter une hospitalisation ;

  • Le trouble bipolaire de type II, quant à lui, se manifeste par une alternance d’épisodes dépressifs et d’épisodes hypomaniaques. C’est la forme la plus fréquente, mais aussi la plus difficile à détecter. L’hypomanie peut en effet passer inaperçue, surtout si la personne semble simplement dynamique ou particulièrement productive. Souvent, les patients ne consultent que lors des épisodes dépressifs, ce qui complique le diagnostic.

Les facteurs de risque

Les causes de la bipolarité sont encore mal connues. On sait néanmoins que les personnes atteintes présentent des dérèglements biologiques dans le fonctionnement et la communication des cellules cérébrales, ainsi que des anomalies génétiques. Plusieurs gènes impliqués dans la régulation de l’humeur ont été identifiés comme facteurs de prédisposition. Ce terrain génétique explique en partie la fréquence plus élevée de la maladie dans certaines familles.

On sait aussi que le trouble bipolaire peut se déclencher chez les personnes prédisposées sous l’effet de facteurs environnementaux ou physiologiques. Les situations de stress intense figurent parmi les principaux éléments déclencheurs.

La consommation d’alcool, de tabac ou de drogues, tout comme le manque de sommeil ou l’apparition de certaines pathologies comme l’hyperthyroïdie, peuvent également favoriser la survenue d’un premier épisode.

Dans de plus rares cas, certains traitements médicamenteux (notamment les corticoïdes, les traitements de la maladie de Parkinson, les interférons ou certains antidépresseurs) peuvent jouer un rôle déclencheur.

Il est toutefois important de souligner qu’un trouble bipolaire peut apparaître sans qu’aucun facteur déclenchant identifiable ne soit en cause.

Vivre avec la bipolarité

Être diagnostiqué bipolaire bouleverse une vie.

Les fluctuations d’humeur, les effets secondaires des traitements, les hospitalisations récurrentes et le regard des autres sont autant d’obstacles à surmonter. Pourtant, avec une prise en charge adaptée et une bonne psychoéducation, il est possible de stabiliser la maladie et d’améliorer le quotidien.

Le traitement repose principalement sur des régulateurs de l’humeur (comme le lithium ou les antipsychotiques atypiques). Ils sont normalement associés à une psychothérapie, souvent de type TCC (thérapie cognitivo-comportementale).

Les antidépresseurs sont parfois employés dans les épisodes dépressifs.

Une bonne hygiène de vie, un suivi psychiatrique régulier et un entourage informé sont également des leviers pour vivre le plus normalement possible.

Les avancées de la recherche médicale : de nombreux espoirs

Le diagnostic, clé de la prise en charge

Diagnostiquer précocement le trouble bipolaire est l’un des plus grands défis en psychiatrie. Trop souvent confondu avec un trouble dépressif unipolaire ou un trouble de la personnalité, il entraîne des erreurs thérapeutiques, comme la prescription isolée d’antidépresseurs, qui parfois aggravent les symptômes maniaques.

Les chercheurs s’efforcent aujourd’hui de mieux identifier les biomarqueurs du trouble bipolaire, qu’ils soient génétiques, biologiques ou cognitifs, afin de réduire le délai du diagnostic et de débuter au plus tôt la prise en charge.

L’une des plus grandes avancées en la matière est sans nul doute l’arrivée en France en avril 2024 du nouveau test sanguin MyEDIT-B, un test qui permet de différencier la dépression des troubles bipolaires. Intégré au parcours clinique, il complète les outils diagnostics actuels. Il peut être réalisé sur prescription psychiatrique dans les laboratoires du réseau Synlab France et s’adresse aux patients de 18 ans et plus traités pour un épisode dépressif caractérisé (EDC) modéré ou sévère.

Des traitements en cours de développement

Les traitements traditionnels, comme le lithium, les anticonvulsivants ou les neuroleptiques, sont efficaces, mais peuvent entraîner des effets secondaires comme une prise de poids, une somnolence, des tremblements ou encore des troubles de la mémoire.

La recherche s’attache donc à développer des traitements mieux ciblés, avec moins d’effets indésirables et adaptés aux différents types de troubles bipolaires. De nouveaux stabilisateurs de l’humeur et des molécules aux propriétés neuroprotectrices sont actuellement à l’étude.

En complément des traitements médicamenteux, des thérapies non médicamenteuses sont aussi explorées. La luminothérapie et la neurostimulation, notamment la stimulation magnétique transcrânienne et l’électro-convulsivothérapie, sont de plus en plus utilisées dans les formes graves et résistantes de la bipolarité.

Les progrès grâce à la recherche appliquée

De nombreux projets de recherche sont en cours dans le monde, afin d’optimiser la prise en charge et le traitement des patients atteints de bipolarité. La Fondation de l’Avenir soutient par exemple un projet visant à développer des outils pour améliorer la prise en charge des rechutes. Elle s’investit également pour aider à prédire la démence dans les troubles bipolaires avec le numérique et l’imagerie cérébrale.

Les sciences cognitives, la génétique, la biologie et les sciences sociales avancent main dans la main pour dessiner une prise en charge plus personnalisée, plus rapide, plus efficace et plus respectueuse du vécu des patients.

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Depuis plus de 35 ans, la Fondation de l’Avenir œuvre pour faire progresser la recherche médicale au service des patients.

En soutenant de nombreux projets sur les troubles de l’humeur et sur les pathologies psychiatriques, elle participe activement à faire avancer la connaissance, à améliorer les traitements et à offrir de nouvelles perspectives de guérison.

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