Encourager les jeunes chercheurs : rencontre avec Alejandra Daruich-Matet

Alejandra Daruich-Matet

Chaque année la fondation de l’avenir attribue quatre bourses de recherche permettant le financement de jeunes chercheurs dans la réalisation de leur thèse. Cette semaine, l’une des titulaires de cette bourse Alejandra Daruich-Matet, ophtalmologue spécialisée en chirurgie de la rétine et le Professeur Francine Behar-Cohen, ophtalmologue et chercheur à l’hôpital Cochin et au centre des cordeliers sont venues échanger avec nous. Cette rencontre nous a permis de comprendre ce qu’était le décollement de la rétine et son impact dans la perte de la vision. Nous avons également pu découvrir avec Alejandra Daruich-Matet et le professeur Francine Behar-Cohen quelles étaient les pistes envisagées pour soigner au mieux cette pathologie.

Entretien avec Alejandra Daruich-Matet, titulaire d’une bourse de recherche en ophtalmologie, et sa directrice de thèse le Pr Francine Behar-Cohen


Dans quel contexte le projet de thèse d’Alejandra Daruich-Matet a-t-il émergé ?

Alejandra Daruich-Matet : « Le décollement de la rétine est une pathologie grave pouvant provoquer en quelques jours une perte de la vue. La rétine est une structure qui tapisse le fond de l’œil et qui est composée de plusieurs strates de neurones déposées sur une couche de cellules épithéliales. Le décollement de la rétine est caractérisé par un détachement des neurones de la couche épithéliale. Ce processus est assez rapide et peut provoquer une perte de la vision brutale. Cette pathologie est une urgence et nécessite une chirurgie réparatrice pour recoller les neurones aux cellules épithéliales. Malheureusement, les séquelles peuvent être importantes et il arrive que le patient ne retrouve pas la vue après l’intervention. »

 

Pr. Francine Behar-Cohen : « Le facteur de risque principal de développer un décollement de la rétine est la myopie. Ce qui concerne un grand nombre de personnes à travers le monde. Il est important d’ajouter que lorsque le décollement de la rétine a lieu, du liquide s’accumule dans la cavité rétinienne et les photorécepteurs (neurones permettant de visualiser les couleurs) deviennent incapables de transmettre le signal au nerf optique. A ce stade, Il est urgent d’agir pour limiter la mort des cellules rétiniennes qui intervient en 4 à 5 heures.

 

Pouvez-vous nous expliquer votre projet de thèse ?

Alejandra Daruich-Matet : « chirurgiennes de l’œil, nous ne pouvions nous résigner à seulement constater que les cellules rétiniennes survivaient difficilement à un épisode de décollement de rétine. Il nous fallait comprendre quels étaient les mécanismes de mort cellulaires impliqués et s’il était possible molécules neuroprotectrices susceptibles de limiter la mort cellulaire massive de photorécepteurs et donc le risque de perte de la vue. Pour mener à bien ce projet, nous avons développé deux techniques mimant le décollement rétinien chez l’homme. L’une sur un modèle ex-vivo où des rétines de rongeurs sont décollées et mises en culture, l’autre chez un modèle murin à qui un décollement de la rétine a été provoqué. Au cours de ces deux approches, l’ajout de molécules neuroprotectrices sera testé et j’en étudierai les propriétés sur la survie des cellules

 

Pour mener à bien ce projet avez-vous développé des collaborations avec d’autres équipes ?

Pr. Francine Behar-Cohen : « Tout à fait, ce projet a débuté avec l’aide de l’équipe d’Yvan Arsenikevics de Lausanne et actuellement nous continuons à travailler étroitement avec L’Emory University aux Etats-Unis avec lesquels nous échangeons du matériel d’étude et des résultats. En parallèle de ce projet si des molécules neuroprotectrices sont identifiées, une étude clinique de phase 1/2 c’est-à-dire de tolérance et d’efficacité sera lancée à l’hôpital Cochin. »

 

Quels sont les résultats attendus ?

Alejandra Daruich-Matet : « Nous avons déjà identifié plusieurs matières actives susceptibles de protéger les cellules nerveuses de l’œil. Mon travail consistera à prouver cette efficacité notamment en expliquant sur quels mécanismes de mort cellulaire , ces molécules agissent et à quelles doses elles sont efficaces. Si les résultats encourageants peuvent être attendus en laboratoire durant ma période de thèse , il faudra beaucoup plus de temps pour mettre au point un traitement médicament applicable à l’homme. Ceci dit, nous disposons déjà de nombreux indices qui nous indiquent que nous avançons dans la bonne direction.

Pr. Francine Behar-Cohen : « Notre but est véritablement de pouvoir proposer aux patients une méthode chirurgicale de recollement de la rétine associée à l’utilisation d’un traitement neuroprotecteur afin de permettre une récupération de la vision maximale. »

 

Alejandra Daruich-Matet, comment envisagez-vous votre carrière dans les années à venir ?

Alejandra Daruich-Matet : « Je ne l’envisage que d’une seule façon : développer en parallèle de mon activité clinique chirurgicale une activité de recherche. Je remercie donc la Fondation de l’Avenir de l’aide apportée dans cette première étape qui est le bon déroulement de mon projet de thèse. »

 

La Fondation de l’Avenir est ravie de soutenir ce projet innovant, combinant de multiples approches. Nous souhaitons à Alejandra Daruich-Matet et au professeur Francine Behar-Cohen de belles découvertes dans le cadre de ce projet. Nous espérons que notre accompagnement les aidera au mieux dans leur combat contre les maladies de la rétine.