Cancer du sang : la révolution des immunothérapies et des CAR-T cells

À l’intérieur des os longs et des os plats de notre corps (comme la colonne vertébrale ou le crâne) sont fabriquées à chaque instant de multiples cellules sanguines. Il en existe trois grandes sortes : les globules rouges qui transportent l’oxygène, les globules blancs qui luttent contre les infections et les virus, et enfin les plaquettes, qui limitent les saignements et les bleus lorsque l’on se blesse ou que l’on se cogne.

Cancers du sang : des maladies complexes aux formes multiples

Leucémie, lymphome, myélome : quelles différences ?

Les cancers hématologiques, ou cancer du sang, regroupent plusieurs maladies qui impliquent les cellules du sang ainsi que les parties du corps dont elles sont issues, comme la moelle osseuse, la rate ou encore les ganglions lymphatiques.

On différencie en particulier les leucémies (aiguës et chroniques), les lymphomes (hodgkiniens et non hodgkiniens) et les myélomes (ou myélomes multiples). Les leucémies se développent dans la moelle osseuse et dans le sang, le myélome dans la moelle osseuse et les lymphomes dans le système lymphatique et les ganglions.

La leucémie se caractérise par la prolifération de cellules sanguines immatures anormales, qui, au fil du temps, prennent la place des cellules sanguines matures saines. Comme ces « blastes » ne parviennent pas à achever leur développement, elles ne remplissent aucune fonction utile dans l’organisme.

En cas de lymphome, des cellules anormales sont produites à la place des lymphocytes, et se divisent plus vite et/ou vivent plus longtemps que les lymphocytes normaux. Dans le cas des myélomes, on observe une prolifération excessive d’un type de globule blanc, le plasmocyte, devenu anormal, dans la moelle osseuse.

Chiffres clés et évolution de l’incidence

Selon l’Institut National du Cancer, les cancers du sang représentent chaque année environ 12 % de l’ensemble des nouveaux cancers en France. Chaque année, plus de 45 000 cas sont diagnostiqués, tous cancers du sang confondus.

Les hommes sont davantage touchés que les femmes et environ la moitié des personnes concernées ont plus de 70 ans au moment du diagnostic. La maladie touche cependant tous les âges.

À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la Santé souligne une augmentation globale de l’incidence, liée notamment au vieillissement de la population et à l’amélioration des outils diagnostiques.

Facteurs de risque et causes identifiées du cancer du sang

Certains facteurs peuvent augmenter le risque de développer la maladie. La présence ou l’exposition à un de ces facteurs ne signifie pas forcément qu’une personne va développer un cancer du sang. En effet, la pathologie peut très bien se développer chez une personne n’ayant été exposée à aucun de ces facteurs de risques.

Parmi les facteurs reconnus, on retrouve :

  • les traitements par chimiothérapie ou radiothérapie d’un précédent cancer,
  • la prise de médicaments immunosuppresseurs,
  • une infection par le VIH,
  • les pathologies liées au système immunitaire (telles qu’une maladie auto-immune ou l’immunodéficience…),
  • l’exposition longue à certaines substances chimiques (benzène, formaldéhyde) ou pesticides (type trichloroéthylène),
  • certains virus comme le virus d’Epstein-Barr ou de l’hépatite (C, principalement),
  • avoir consommé du tabac pendant longtemps,
  • l’exposition à des rayons ionisants (rayons X) sur une certaine durée,
  • certaines mutations ou anomalies génétiques, comme la trisomie 21 (ou syndrome de Down),
  • des antécédents familiaux.
© iStock

Symptômes et diagnostic du cancer du sang : l’enjeu d’une détection rapide

Signes d’alerte à ne pas négliger

Les symptômes des cancers du sang peuvent être discrets au début et parfois confondus avec des troubles bénins. Les patients expérimentent généralement :

  • une fatigue persistante,
  • une faiblesse généralisée,
  • un essoufflement,
  • des maux de tête,
  • des infections répétées,
  • des douleurs dans les os ou les articulations,
  • des saignements inhabituels,
  • l’apparition inhabituelle d’ecchymoses,
  • une anémie,
  • des testicules enflés,
  • une perte de poids inexpliquée,
  • un gonflement des ganglions (cou, thorax, aisselles et/ou aine),
  • des sueurs nocturnes,
  • une sensation de pesanteur à gauche ou à droite de l’abdomen (liée à une augmentation du volume de la rate ou du foie),
  • des grosseurs dans d’autres parties du corps.

Ces manifestations doivent conduire à consulter, surtout lorsqu’elles persistent. Une détection précoce permet d’initier plus rapidement les traitements et d’améliorer le pronostic.

Analyses sanguines et examens spécialisés

© Stefamerpik sur Freepik

Lorsque l’on suspecte une leucémie, on procède généralement à une prise de sang pour établir un hémogramme, qui permet la numération de formule sanguine (NFS). En cas de leucémie, on constate une augmentation anormale de certains leucocytes (globules blancs). En cas de suspicion de myélome, on procède aussi à un examen sanguin que l’on appelle une électrophorèse des protéines plasmatiques ou sanguines (EPP ou EPS). On recherche alors un pic monoclonal. Pour confirmer le diagnostic, un myélogramme est réalisé après ponction de moelle osseuse et biopsie.

Le diagnostic de lymphome, hodgkinien ou non hodgkinien, repose habituellement sur une biopsie des ganglions.

La Fondation de l’Avenir soutient une étude sur l’évaluation des potentialités d’une nouvelle technologie visant à identifier pour les cancers hématologiques les anomalies chromosomiques des cellules par cartographie optique du génome entier.

Elle finance également un projet dont l’objectif est de mettre au point un test diagnostic de myélofibrose (destruction de la moelle osseuse) par simple prise de sang.

Rôle des biomarqueurs et de la génétique

Dans les cancers du sang, les biomarqueurs et les analyses génétiques jouent un rôle crucial à chaque étape de la prise en charge.

Un biomarqueur est, de manière générale, un élément mesurable dans l’organisme qui permet de mieux comprendre ce qui se passe dans le corps, qu’il s’agisse d’un fonctionnement normal, d’une maladie ou de la réponse à un traitement. Dans le domaine du cancer, on parle plus précisément de biomarqueur tumoral : il s’agit d’une substance produite en quantité anormale par les cellules cancéreuses, comme des fragments d’ADN, des protéines ou d’autres molécules.

Ces biomarqueurs et la génétique permettent aux médecins de détecter la maladie, de la caractériser et de suivre son évolution de manière plus précise.

Ils permettent tout d’abord d’établir un diagnostic précis en aidant à identifier les anomalies spécifiques des cellules cancéreuses, comme certaines mutations ou anomalies chromosomiques, et de distinguer alors les différents types de maladies. Ils contribuent ensuite à orienter les choix thérapeutiques, afin que les traitements mis en place soient les plus adaptés au profil biologique du patient, dans une logique de médecine personnalisée. Certaines caractéristiques génétiques permettent d’évaluer le pronostic et d’adapter l’intensité des traitements du cancer du sang dès le début.

Enfin, ces outils sont indispensables pour suivre l’évolution de la maladie, notamment en détectant la maladie résiduelle minimale après traitement, pour évaluer l’efficacité des thérapies et anticiper d’éventuelles rechutes.

La Fondation de l’Avenir soutient actuellement un projet dont l’objet est de mieux comprendre le dialogue entre la leucémie et les infections pour améliorer le pronostic des patients atteint du cancer du sang.

Immunothérapie, CAR-T cells : les avancées qui transforment le pronostic

Chimiothérapie et greffe de moelle

© iStock

Les traitements proposés pour les cancers du sang sont adaptés en fonction du type de maladie, du stade de son évolution, de l’âge du patient et de son état général. La chimiothérapie est généralement systématiquement indiquée, plusieurs médicaments étant même parfois combinés. Il s’agit d’un traitement systémique diffusé dans tout l’organisme pour détruire les cellules anormales. Les médicaments sont administrés par voie intraveineuse (par perfusion) ou par voie orale (en comprimés à avaler). La chimiothérapie est prévue sur plusieurs mois et comporte plusieurs cycles de traitement de durée variable, chacun étant suivi d’une pause pour permettre au patient de récupérer. Il faut généralement rester à l’hôpital pendant la première partie du traitement, mais par la suite, les médicaments peuvent être prodigués de manière ambulatoire.

Dans le cas d’un protocole de chimiothérapie intensive (visant à détruire un plus grand nombre de cellules cancéreuses sur un cours laps de temps), la moelle osseuse saine peut être endommagée. On procède alors à une greffe de cellules souches hématopoïétiques ou greffe de moelle osseuse, pour détruire l’ensemble des cellules anormales de la moelle osseuse du patient et de les remplacer par des cellules saines, issues d’un donneur (allogreffe) ou du patient lui-même (autogreffe).

Thérapies ciblées et anticorps monoclonaux

La médecine personnalisée repose actuellement sur deux types de traitements pour contrer le cancer du sang : les immunothérapies et les thérapies ciblées.

Les thérapies ciblées sont des traitements qui ciblent de manière spécifique un mécanisme ou une altération moléculaire à l’intérieur des cellules tumorales, à leur surface ou autour d’elles. Ces thérapies ciblées ont l’avantage de préserver les cellules saines. Pour bloquer des signaux tumoraux spécifiques, on utilise par exemple des anticorps monoclonaux qui viennent se fixer sur des récepteurs ciblés et présents à la surface des cellules tumorales ou de leur micro-environnement pour inhiber leur activité. Dans le cadre des cancers hématologiques (en particulier dans certains lymphomes et certaines leucémies lymphocytaires chroniques), la protéine CD20 est l’une des principales cibles (portée par les lymphocytes B). D’autres cibles sont aussi utilisées : CD52, CD19, CD38, CCR4, CD33, CD22, etc.

CAR-T cells et médecine personnalisée

Ce type de traitement fait partie des immunothérapies. Il consiste à modifier des cellules immunitaires de l’organisme (cellules T) par génie génétique, afin qu’elles reconnaissent les cellules cancéreuses et les attaquent. Les cellules T sont prélevées dans le sang, puis préparées en laboratoire. Une chimiothérapie précède généralement la réinjection pour éliminer le plus grand nombre possible de cellules T dans le sang. Les cellules modifiées sont réinjectées dans la circulation sanguine par perfusion.

La Fondation de l’Avenir finance un projet qui vise à mieux exploiter les cellules tumorales circulantes (CTCs).

Patients et recherche : accélérer les progrès ensemble

Participation aux essais cliniques sur le cancer du sang

Les essais cliniques permettent d’évaluer de nouvelles stratégies thérapeutiques et d’améliorer les traitements existants.

Dans le cadre des cancers du sang, la participation des patients contribue directement aux progrès scientifiques, en permettant de mieux comprendre les différentes formes de leucémies, de lymphomes, de myélomes et autres syndromes hématologiques, pour optimiser les traitements et les chances de guérison.

Consentement et qualité de vie

Dans la recherche sur les cancers du sang, la participation des patients repose sur un consentement libre et éclairé, avec une information claire sur les objectifs, les bénéfices et les risques des études, ainsi que la possibilité de se retirer à tout moment. Parallèlement, la qualité de vie est pleinement prise en compte, avec une attention portée aux effets secondaires, à la fatigue et à l’impact psychologique, afin d’assurer une prise en charge globale et respectueuse des patients tout au long de la recherche.

Soutenir la recherche en hématologie

Vous souhaitez soutenir la recherche en hématologie et améliorer de manière globale la prise en charge des patients atteints de cancer du sang ? Vous pouvez faire un don à La Fondation de l’Avenir !