Diagnostic non-invasif de myélofibrose dans les syndromes myéloprolifératifs

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Les néoplasies myéloprolifératives sont des maladies rares du sang, caractérisées par une production excessive de cellules dans la moelle osseuse aboutissant à un excès de globules rouges, de plaquettes ou de leucocytes. Elles touchent environ 2000 personnes par an en France et peuvent évoluer, chez certains patients, vers une transformation progressive de la moelle appelée myélofibrose. Cette dernière résulte d’une inflammation durable qui entraîne l’accumulation de fibres et la perte du tissu normal, provoquant anémie, troubles de la coagulation ou augmentation du volume de la rate.

Aujourd’hui, la myélofibrose ne peut être confirmée qu’à l’aide d’une biopsie ostéo-médullaire. Cet examen reste invasif et peut s’accompagner d’effets indésirables, notamment des douleurs ou, plus rarement, une hémorragie. Malgré ces contraintes, il demeure indispensable pour évaluer la sévérité de la fibrose et adapter la prise en charge.

Le projet FIBROMOELLE, porté par Nelly Bosselut, propose de développer une alternative simple et non invasive : un test sanguin reposant sur la mesure de plusieurs biomarqueurs associés au degré de fibrose. L’objectif est d’obtenir une estimation fiable du stade de la maladie à partir d’un prélèvement sanguin réalisé en routine. Une telle approche pourrait alléger le suivi, permettre une surveillance plus régulière et faciliter l’identification précoce des formes évolutives, tout en évitant des biopsies répétées lorsque cela est possible. Pour les patients, cela représenterait une procédure plus confortable et plus facilement intégrée dans leur parcours de soins.

 

Pour aller plus loin

Les néoplasies myéloprolifératives BCR-ABL1 négatives (2000 nouveaux cas par an en France), regroupent trois maladies du sang : la polyglobulie de Vaquez, la thrombocytémie essentielle et la myélofibrose primitive. Elles provoquent une prolifération excessive des cellules sanguines qui, à long terme, peut dérégler la moelle osseuse. Chez certains patients, cette évolution conduit à une fibrose médullaire, c’est-à-dire la transformation progressive de la moelle en un tissu dense composé de fibres de réticuline et de collagène. Ce processus, lié à une production accrue de molécules inflammatoires, les cytokines, altère la fabrication normale des cellules sanguines et peut entraîner anémie, thrombopénie (diminution anormale du nombre de plaquettes dans le sang) ou splénomégalie (augmentation du volume de la rate).

Aujourd’hui, la fibrose médullaire ne peut être diagnostiquée avec précision que par une biopsie ostéo-médullaire, un prélèvement osseux invasif, parfois délicat chez des patients sous traitement anticoagulant. Cet examen est indispensable pour distinguer les formes précoces des formes avancées et pour différencier certaines situations cliniques proches, comme la myélofibrose primitive pré-fibrotique et la thrombocytémie essentielle, dont les prises en charge divergent.

Vers une mesure sanguine de la fibrose : un changement d’approche

L’idée centrale du projet FIBROMOELLE de Nelly Bosselut et son équipe est d’explorer une alternative non invasive à la biopsie : un score sérique capable d’estimer le degré de fibrose à partir d’une simple prise de sang. Un biomarqueur sérique est une molécule circulant dans le sang dont la concentration reflète un phénomène biologique particulier. Dans la fibrose, certaines protéines ou fragments de protéines du tissu conjonctif augmentent lorsque la fibrose progresse. D’autres marqueurs témoignent de l’état inflammatoire qui accompagne cette transformation.

Ces biomarqueurs ont déjà fait leurs preuves dans des maladies chroniques du foie : des scores sériques validés y ont réduit de façon considérable le recours à la biopsie hépatique. Le projet transpose ce modèle à la moelle osseuse, en s’appuyant sur des résultats déjà publiés montrant que plusieurs marqueurs circulants sont plus élevés chez les patients atteints de myélofibrose que chez ceux atteints de formes non fibrosantes.

Une cohorte prospective et des analyses approfondies

L’étude se déroule à l’hôpital Saint-Louis et inclut les patients nécessitant une biopsie ostéo-médullaire dans le cadre du suivi de leur maladie. Les prélèvements sanguins sont réalisés le même jour que la biopsie. Les biomarqueurs sont mesurés par une technique appelée Luminex, qui permet l’analyse simultanée de nombreuses molécules à partir de quelques microlitres de sérum, ou par ELISA, une autre méthode de mesure, lorsque nécessaire. Au total, 25 biomarqueurs sont quantifiés pour chaque participant.

Les biopsies sont évaluées selon le consensus européen, qui définit quatre grades de fibrose, de MF0 (absence de fibrose) à MF3 (fibrose diffuse avec ostéosclérose). Ces informations servent de référence pour analyser la capacité des marqueurs sériques à refléter fidèlement la sévérité observée au microscope.

Les chercheurs comparent ensuite les résultats sanguins et histologiques à l’aide de modèles statistiques. Une première étape identifie les marqueurs les plus associés au degré de fibrose. Une seconde étape combine ces marqueurs dans un score pondéré. La performance du score est évaluée grâce à l’aire sous la courbe ROC, un outil statistique permettant de mesurer sa capacité à distinguer les stades précoces (MF0-1) des stades avancés (MF2-3).

Un second volet de l’étude utilise la même méthodologie pour résoudre une autre difficulté clinique : différencier une thrombocytémie essentielle d’une myélofibrose primitive pré-fibrotique. Certaines protéines se révèlent particulièrement informatives pour cette distinction.

Apports scientifiques attendus

FIBROMOELLE propose une preuve de concept : démontrer qu’un ensemble de biomarqueurs sanguins peut refléter le degré de fibrose médullaire. Si ses performances sont confirmées, le score pourrait devenir un instrument complémentaire de la biopsie, permettant une surveillance plus régulière et moins contraignante. L’étude contribue également à mieux comprendre les mécanismes inflammatoires et fibrotiques propres aux néoplasies myéloprolifératives, en identifiant les marqueurs qui évoluent de façon cohérente avec la progression de la maladie.

Bénéfices pour les patients

Pour les personnes vivant avec une néoplasie myéloproliférative, un score sérique fiable signifierait une évaluation plus simple, plus fréquente et mieux tolérée de la fibrose médullaire. Cela pourrait favoriser un diagnostic plus précoce des formes évolutives, affiner les décisions thérapeutiques, et faciliter le suivi après certains traitements comme la greffe de moelle. Sans remplacer la biopsie lorsque celle-ci est indispensable, une mesure sanguine offrirait une information précieuse dans des situations où l’examen invasif est difficile ou répétitif.

Porteur de projet

Nelly BOSSELUT, Paris