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Crise Covid-19 : Création de pousse-seringues électriques. L’éclairage scientifique du professeur Eric ALLAIRE, président du conseil scientifique de la Fondation de l’Avenir

16.04.2020
Site internet Fondation de l Avenir-Eric ALLAIRE-pousse-seringues

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Dans l’écho du 6 avril dernier (à retrouver ici), nous vous présentions le dispositif de pousse-seringues imaginé par L’Association « Electrolab Nanterre », association de culture scientifique technique et industrielle, membre du réseau professionnel AMCSTI. Afin de finaliser le prototype, la Carac (Mutuelle d’Épargne, de Retraite et de Prévoyance), la Fondation de l’Académie de Chirurgie et la Fondation de l’Avenir se mobilisent ensemble afin d’apporter leur soutien à l’association.

L’association a, depuis, considérablement avancé dans la mise en place du dispositif pour les structures hospitalières puisqu’elle a déjà pratiqué des tests pour des essais de prise en main en conditions réelles, dont l’un ayant eu lieu le 12 avril dernier, au sein d’une unité Covid d’un établissement de l’AP-HP.

Tandis que le projet se poursuit, nous vous présentons une interview du professeur Eric ALLAIRE, président du conseil scientifique de la Fondation de l’Avenir, qui nous éclaire sur le besoin médical en pousse-seringues de réanimation. Un besoin réel en cette période de pandémie mais qui se révélera nécessaire pour les jours et mois à venir.

Fondation de l’Avenir : Par quel canal vous a été remonté ce besoin en pousse-seringues ?
Pr. Eric Allaire : Des discussions dans mon environnement professionnel ont fait remonter les craintes importantes des réanimateurs quant aux besoins imminents en matériel de réanimation et notamment en pousses-seringues. En effet, dans le contexte actuel chaque patient positif au Covid-19 en réanimation nécessite en moyenne 6 pousse-seringues pour l’injection de médicaments (un pousse seringue délivre un médicament). Les patients reçoivent les médicaments spécifiques à l’infection au Covid-19 mais également des médicaments liés à la défaillance spécifique de certains organes (âge des patients, affections longues durées sous-jacentes). Du matériel a été transféré directement des blocs opératoires non utilisés vers les « nouveaux » lits de réanimation (respirateurs, matériels d’anesthésie) mais les pousse-seringues sont globalement spécifiques à la réanimation.

Fondation de l’Avenir : A quel besoin quantitatif cela correspond ?
Pr. Eric Allaire : Un patient hospitalisé en réanimation en temps normal nécessite entre 1 et 10 pousse-seringues. En dehors des périodes de crise, le nombre de lit occupés en réanimation n’est d’ailleurs jamais saturé afin de faire face à l’arrivée d’urgences.
Dans un contexte pandémique, les lits de réanimation comme nous le savons sont rapidement saturés. Le ministre de la Santé, Olivier VERAN, a rapidement indiqué que le gouvernement souhaitait augmenter le nombre de lits en réanimation à « 14 à 14.500 », contre 5.000 initialement. Cela montre à quel point les pousse-seringues deviennent un facteur limitant.

Fondation de l’Avenir : Le besoin est-il préventif ou immédiat ?
Pr. Eric Allaire : Malheureusement immédiat. L’évolution de la pandémie est tellement rapide que certaines structures ont déjà un besoin urgent de ce matériel. Mais une fois le pic de l’épidémie et le confinement passés, il y aura encore besoin de beaucoup de matériel. Car ce que l’on apprend de ce virus, c’est que les patients peuvent nécessiter des soins lourds pendant longtemps. On peut imaginer que de nombreux patients Covid restent longtemps dépendants de la réanimation.

Fondation de l’Avenir : Il reste de nombreuses étapes avant de pouvoir utiliser ces pousse-seringues en vraie vie. Où en est-on ?
Pr. Eric Allaire : Oui, l’accord pour utiliser ce type de matériel est un processus délicat, et on le comprend : il s’agit tout de même de valider un dispositif qui va être utilisé directement sur les patients ! A ce jour, l’association a déjà pratiqué des tests pour des essais de prise en main en conditions réelles au sein d’une unité Covid d’un établissement de l’AP-HP. Ces tests se sont révélés être très concluants, et cette étape devrait être facilement franchie. Il convient maintenant d’obtenir les autorisations nécessaires pour pratiquer un test clinique.

Un grand merci au professeur Eric ALLAIRE pour avoir pris le temps de partager avec nous son expérience hospitalière.

Nous continuerons régulièrement à vous tenir au courant de l’évolution de ce projet ainsi que des premiers tests des prototypes.