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La mastectomie avec conservation de la peau et de la plaque aréolo-mamélonnaire (PAM) est une option sans risque oncologique pour certaines patientes atteinte d’un cancer du sein. Elle peut permettre une reconstruction mammaire plus harmonieuse, associée à une meilleure qualité de vie et un plus grand bien-être psychosocial et sexuel.
Toutefois certaines patientes doivent subir une deuxième intervention d’exérèse (suppression d’une anomalie ou d’une tumeur) de la PAM si le cancer est retrouvé à l’analyse histologique en regard de la zone de la glande mammaire retirée située derrière l’aréole.
Un nouveau microscope confocal (UFCM, Ultra-Fast Confocal Microscop) pourrait analyser cette zone pendant l’intervention et éviter deux chirurgies, le stress, les retards et les coûts associés.
L’étude doit se dérouler à Gustave Roussy, à Villejuif, et sera menée par une équipe multidisciplinaire spécialisée dans l’imagerie optique pour la chirurgie mammaire. Elle analysera les images fournies en temps réel pendant l’opération par l’UFCM et permettra de compléter, si nécessaire, la résection du cancer. Cette recherche de pointe permettra d’améliorer la diffusion de ce type de mastectomie en France grâce à une nouvelle génération d’UFCM.
Le cancer du sein reste aujourd’hui l’un des cancers les plus diagnostiqués dans le monde. Depuis plusieurs décennies, les traitements chirurgicaux évoluent vers des interventions moins lourdes, afin de préserver autant que possible l’apparence du sein et d’améliorer la qualité de vie après l’opération. Parmi ces techniques figure la mastectomie avec conservation de la plaque aréolo-mamellonnaire (PAM). Il s’agit de retirer la glande mammaire malade tout en conservant l’aréole et le mamelon, ce qui permet une reconstruction plus naturelle.
Cette chirurgie est considérée comme sûre pour un grand nombre de patientes, lorsque l’imagerie et l’examen clinique ne montrent pas d’atteinte du mamelon. Cependant, dans environ 10 % des cas observés à Gustave Roussy, l’analyse du tissu retiré révèle la présence de cellules tumorales sous l’aréole, nécessitant une deuxième intervention pour enlever la PAM. Cette reprise chirurgicale retarde la reconstruction, augmente l’anxiété de la patiente et ajoute un coût supplémentaire.
Le projet CAMELIA étudie l’intérêt d’un microscope confocal ultrarapide, l’UFCM (Ultra-Fast Confocal Microscope), pour analyser immédiatement, sur place, au bloc opératoire, le tissu situé derrière l’aréole. La microscopie confocale est une technique d’imagerie capable de visualiser les cellules avec une grande précision grâce à un système optique qui élimine la lumière parasite et permet d’obtenir des images en coupe. Contrairement aux « coupes congelées », réalisées par un laboratoire d’anatomopathologie au prix d’un délai important, l’UFCM produit des images en quelques minutes, directement à partir de tissus frais, sans les abîmer.
En oncologie, plusieurs travaux ont montré que les pathologistes peuvent détecter des cellules cancéreuses sur des images confocales de tissu mammaire avec une précision encourageante. L’UFCM pourrait donc offrir un soutien diagnostique en temps réel pendant la chirurgie, aidant à confirmer que les marges sont indemnes de cellules tumorales avant de conserver la PAM.
CAMELIA est une étude prospective non interventionnelle, menée durant 18 mois. Elle analysera 194 échantillons de tissu rétro-aréolaire prélevés lors de mastectomies avec conservation de la PAM. Chaque échantillon sera imagé immédiatement après son retrait grâce à l’UFCM, puis examiné par un pathologiste durant l’opération. L’interprétation finale restera cependant celle de l’histologie (étude des tissus) conventionnelle, réalisée sur des coupes colorées selon la méthode HES, qui constitue la référence diagnostique.
L’objectif principal est d’évaluer la précision de l’UFCM, c’est-à-dire sa capacité à produire une interprétation correcte par rapport à l’analyse histologique définitive. La sensibilité (capacité à détecter un tissu pathologique) et la spécificité (capacité à identifier un tissu sain) seront calculées à partir des concordances entre images confocales et histologie.
Cette étude est conduite par une équipe expérimentée dans l’imagerie optique appliquée à la chirurgie mammaire. Gustave Roussy mène régulièrement des projets utilisant la fluorescence infrarouge ou la microscopie confocale pour guider le geste chirurgical. Les travaux préliminaires menés par Angelica Conversano et ses collaborateurs incluent notamment l’imagerie du ganglion sentinelle et, plus récemment, l’analyse peropératoire de pièces de tumorectomie à l’UFCM.
Le projet CAMELIA illustre une démarche interdisciplinaire réunissant chirurgiens, pathologistes, physiciens et ingénieurs spécialisés en optique médicale. Les images obtenues in situ complètent l’évaluation traditionnelle du pathologiste et permettent d’étudier la manière dont un outil optique de nouvelle génération pourrait s’intégrer au flux de travail opératoire.
L’utilisation de tissus frais, non altérés par la congélation, permet également de conserver la pièce opératoire pour une analyse complète ultérieure. Cela garantit que l’étude ne modifie pas la prise en charge habituelle des patientes : l’UFCM est testé sans influencer la décision chirurgicale, conformément au cadre des études non interventionnelles sur tissus ex vivo.
Le projet fournit une évaluation approfondie d’un outil d’imagerie cellulaire appliqué à une zone anatomique particulièrement délicate : la région rétro-aréolaire, où un diagnostic précis est indispensable pour décider de la conservation de la PAM.
En établissant les performances diagnostiques de l’UFCM sur un large nombre d’échantillons, CAMELIA offrira des données robustes sur la valeur de cette technique pour la chirurgie mammaire. Ces résultats serviront de preuve de concept pour l’analyse microscopique en temps réel des marges sous-aréolaires, une étape qui pourrait, si elle s’avère fiable, améliorer la planification opératoire et réduire les incertitudes autour de la conservation du mamelon.
Les perspectives de publication sont élevées : la diffusion croissante de la NSM à l’international suscite un intérêt marqué pour des méthodes permettant de sécuriser ce geste tout en préservant le résultat esthétique.
La conservation du mamelon et de l’aréole améliore nettement la perception corporelle après la chirurgie du cancer du sein et contribue au bien-être psychologique et sexuel. Pourtant, la nécessité d’une seconde intervention pour retirer la PAM, lorsque des cellules tumorales résiduelles sont découvertes, représente une étape difficile.
Si l’UFCM permet une lecture fiable du tissu rétro-aréolaire pendant l’opération, il deviendrait possible, dans l’avenir, d’éviter certaines réinterventions. Cela réduirait le stress des patientes, limiterait les retards dans les traitements et pourrait améliorer le confort global du parcours chirurgical.
Angelica CONVERSANO, Villejuif