Effets thérapeutiques de la stimulation électromagnétique dans les maladies cardiovasculaires

En cours

L’insuffisance cardiaque est un problème majeur de santé publique. Qu’elle soit d’origine génétique ou liée à des facteurs de risques tels que l’obésité, les désordres métaboliques ou la rigidité artérielle, sa prise en charge nécessite des traitements lourds et de longue durée.Notre projet cherche à déterminer l’apport de la stimulation électromagnétique ou LI-rMS dans le traitement de cette pathologie. Pour cela, notre équipe utilisera un modèle de souris préclinique reproduisant les altérations du muscle cardiaque ainsi que des cellules cardiaques humaines porteuses de mutations connues pour perturber la contraction. L’objectif est d’identifier dans quelles situations la stimulation améliore la performance du cœur et d’examiner les mécanismes biologiques en jeu. Cette approche, qui combine observations sur l’animal et analyses sur cellules humaines, permettra d’évaluer de manière précise les effets de cette technologie sur la fonction cardiaque.

Si les résultats confirment un bénéfice, la stimulation électromagnétique pourrait devenir une option thérapeutique supplémentaire pour certains patients. Elle offrirait une méthode moins intrusive, complémentaire des traitements actuellement disponibles, avec la possibilité de réduire la charge médicamenteuse et de mieux contrôler l’évolution de la maladie.

Ce projet est lauréat de la campagne Au cœur du Jeu 2026 de la Ligue Nationale de Basket en soutien à la Fondation de l’Avenir.

De gauche à droite : Dr Ara Parlakian, lauréat, Philippe Ausseur, président LNB, avec Marion Lelouvier, présidente du directoire de la Fondation de l’Avenir © Léo Morillon Loïc Waczia

Pour aller plus loin

L’insuffisance cardiaque se développe lorsque le cœur n’assure plus un débit sanguin suffisant pour répondre aux besoins de l’organisme. Elle résulte fréquemment d’une cardiomyopathie dilatée, une maladie où les cavités du cœur se distendent et perdent leur force de contraction.  L’obésité, les désordres métaboliques, la rigidité artérielle ou certaines mutations génétiques sont le plus souvent en cause dans l’insuffisance cardiaque.
Sa prise en charge repose sur des traitements médicamenteux à long terme, parfois complétés par des dispositifs d’assistance mécanique. La transplantation cardiaque reste la solution la plus efficace, mais la rareté des donneurs réduit son accessibilité. Dans ce contexte, l’exploration d’approches innovantes et non invasives constitue un enjeu scientifique et clinique important.

La stimulation électromagnétique basse intensité ou LI-rMS

Le projet conduit par Ara Parlakian étudie une technique appelée stimulation électromagnétique répétée de basse intensité, ou LI-rMS (Low-Intensity repetitive Magnetic Stimulation). Cette méthode utilise des impulsions magnétiques de faible intensité pour induire localement de petits courants électriques dans un tissu biologique. Elle permet ainsi de moduler l’activité des cellules sans intervention chirurgicale.
Dans le domaine neurologique, la LI-rMS est déjà employée pour activer des voies de signalisation impliquées dans la réparation tissulaire. Peu d’études ont toutefois examiné son application au muscle cardiaque mais les premières observations suggèrent une amélioration de la fonction contractile, une augmentation de cellules réparatrices et une réduction de l’apoptose, la mort programmée des cellules.

Étude de la LI-rMS dans un modèle murin de cœur défaillant

L’équipe appliquera la LI-rMS à un modèle murin de cardiomyopathie dilatée afin d’examiner son effet sur le cœur dans sa globalité. Les analyses porteront sur la contractilité, la morphologie du muscle, les dépenses énergétiques et la régulation neuro-hormonale.
L’étude inclut une exploration moléculaire approfondie par RNA-seq, une méthode de séquençage qui permet d’identifier les gènes activés ou réprimés après stimulation. Les chercheurs pourront ainsi déterminer quelles voies biologiques soutiennent une éventuelle amélioration : régulation du calcium intracellulaire, métabolisme énergétique, résistance au stress ou activation de programmes de réparation.

L’isolation de cardiomyocytes adultes (cellules cardiaques) à partir de ces modèles fournira une vision plus fine des mécanismes en jeu. Ces cellules seront soumises à la stimulation pour comprendre comment elle modifie la dynamique du calcium, nécessaire à la contraction, et comment elle influence les processus de régénération et de survie cellulaire.

Des modèles cellulaires humains pour une approche translationnelle

Pour rapprocher cette recherche de la réalité clinique, le projet comprend une étude sur des cardiomyocytes humains dérivés de cellules souches pluripotentes induites (iPSC). Ces cellules sont obtenues à partir de patients atteints de cardiomyopathie dilatée, puis reprogrammées pour redevenir pluripotentes avant d’être différenciées en cardiomyocytes.
Elles constituent un modèle fidèle de la maladie humaine et permettent de tester la LI-rMS directement sur des cellules portant les mutations responsables. Les modifications de contraction, de métabolisme et de signalisation y seront observées à l’aide d’outils d’imagerie avancés. Leur analyse s’appuiera sur des méthodes d’apprentissage automatique et d’intelligence artificielle, capables d’extraire des milliers de paramètres morphologiques ou fonctionnels.

Un projet interdisciplinaire pour comprendre un mécanisme encore peu exploré

La collaboration de trois équipes : CarTher pour les modèles murins et les cellules humaines, R2N pour l’ingénierie de la LI-rMS et MyoImage pour l’analyse basée sur l’IA, permet d’examiner cette stimulation sous plusieurs angles. Cette combinaison de compétences garantit une compréhension cohérente des effets observés, depuis l’organe entier jusqu’aux mécanismes moléculaires.

Apports scientifiques et retombées pour les patients

Ce projet apporte un éclairage nouveau sur la manière dont un stimulus physique, non invasif, peut influencer la physiologie d’un cœur malade. En précisant les mécanismes activés par la LI-rMS, il contribuera à définir si cette approche peut stabiliser ou améliorer la fonction cardiaque.
À terme, si son efficacité est confirmée, la LI-rMS pourrait devenir un complément aux traitements existants pour certain.es patient.es atteints de cardiomyopathies ou d’insuffisance cardiaque chronique. Cette méthode, déployée sans chirurgie et potentiellement bien tolérée, offrirait une possibilité supplémentaire dans des situations où les options thérapeutiques restent limitées.

Porteur de projet

Ara PARLAKIAN, Paris