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quel avenir pour les cadres de santé ?

27.02.2018

Lors du Congrès de la Fondation de l'Avenir, Gilles Desserprit, directeur de l’Institut de Formation des Cadres de Santé (IFCS) de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) est venu débattre lors de la table-ronde "quel visage pour la santé dans 10 ans

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Regard éclairé sur les progrès médicaux, les évolutions en cours dans l’organisation des soins, et leurs conséquences profondes sur la formation des soignants de demain.

Quelles ont été les principales évolutions dans les formations dispensées aux cadres de santé et pour répondre à quels enjeux dans les pratiques ?

 

La formation des cadres de santé s’est construite en parallèle de l’évolution et de la transformation des structures de soins. Conçue pour répondre aux mutations et aux besoins des organisations, la formation des cadres de santé est relativement récente dans l’histoire des métiers de la santé. Trois textes fondent l’histoire de la formation des cadres de santé et plus particulièrement à l’hôpital public.Il s’agit des décrets de 1958, de 1975 et du dernier en date, celui de 1995. De certificats cadres de plusieurs spécialités, on est arrivé aujourd’hui à un diplôme de cadre de santé unique pour les professionnels des filières infirmières, médicotechniques et de rééducation. La réingénierie de cette formation, débutée en 2011, s’intègre dans une évolution conjointe des  organisations  de santé, de la formation des professionnels , de l’universitarisation et d’une mise en avant des compétences attendues d’un cadre de santé. Si la réforme de la formation de 1995 a permis la reconnaissance de la formation des cadres de santé par des diplômes universitaires de niveau licence, il commence cependant à dater, car aujourd’hui tous les instituts de formation des cadres de santé proposent au moins des masters. Le mouvement de réingéniérie initié dans les années 2010, avec une réévaluation des diplômes des cadres de santé pour les adapter aux besoins et aux enjeux actuels, pourrait aboutir d’ici à 2020.

Dominique Letourneau, président du Directoire de la Fondation de l’Avenir, déclarait dans une tribune en janvier 2016 que « les pratiques avancées peuvent être un levier pour une nouvelle organisation des soins, au bénéfice du patient ». Aujourd’hui, le gouvernement envisage la possibilité d’un transfert de compétences entre médecins et paramédicaux pour lutter contre les déserts médicaux. Qu’en pensez-vous ?

 

Concernant les paramédicaux de pratique avancée, avec une délégation d’actes, je pense que c’est une bonne chose si cela s’inscrit dans une évolution professionnelle des compétences, structurelle et reconnue. Mais si c’est pour pallier une absence médicale, pour répondre au cas par cas aux problèmes causés par les déserts médicaux, ce n’est pas une bonne raison de créer des délégations d’actes. C’est encore un peu flou parce que le texte d’application n’est pas sorti, il est attendu pour le printemps 2018 et devrait préciser ce que peut faire exactement un infirmier de pratique avancée. C’est en cours d’évaluation auprès de la Haute autorité de santé (HAS). Si c’est inscrit dans un mouvement de fond pour améliorer la prise en charge des patients, c’est intéressant mais si c’est pour se substituer à un médecin quand il en manque, non ! Un infirmier n’est pas un médecin. C’est ce qui se passe aux États-Unis, enfin dans les États du centre où il y a très peu de médecins. Souvent, il y a seulement un infirmier qui travaille en lien avec des médecins à distance dans un cabinet médical entièrement automatisé. L’infirmier accueille le patient, lui pose les questions et il y a une caméra avec le médecin. Ce dernier guide l’infirmier, qui a été spécialement formé pour cette pratique, pendant toute la consultation médicale.

Comment seront formés les cadres de santé demain et quels défis nouveaux devront-ils relever ? 

 

La formation sera mixte, elle s’inscrira entre l’université et l’institut professionnel. Suite à un rapport de l’IGAS de juin 2017 « Pour une meilleure intégration des formations paramédicales à l’université : mise en œuvre des mesures 5, 6 et 13  de la Grande conférence de santé », on peut aussi s’attendre à une évolution des modes de sélection des étudiants cadres de santé, qui pourrait se faire sur dossier. Aujourd’hui, avant de s’inscrire au concours d’entrée à l’IFCS, les candidats doivent justifier officiellement de 4 ans d’expérience en ayant été ou non « faisant fonction de cadre santé ». Mais dans les faits, ce sont des profils qui ont 10 ou 15 ans d’expérience qui concourent. Aujourd’hui, la moyenne d’âge des étudiants est de 40 ans environ. Cette réforme, si elle était actée, provoquerait sans doute un rajeunissement des promotions par l’arrivée de professionnels plus jeunes.

Par ailleurs, une autre évolution majeure, à laquelle nous devons adapter nos enseignements, concerne l’organisation des soins. L’ambulatoire se développe de manière exponentielle et aujourd’hui, un cadre de santé peut très bien avoir à gérer au plan managérial jusqu’à 5 services situés sur des sites différents !

En parallèle, l’arrivée des nouvelles technologies et de la santé connectée change la manière de communiquer et d’échanger des informations entre professionnels et avec le patient. Nous formons les nouvelles promotions aux nouvelles technologies de l’information. Mais si les dossiers de soins, par exemple ou d’autres outils sont numérisés, la relation soignant-soigné ne doit pas changer. À l’ère du numérique, il nous faudra veiller à en préserver toute l’humanité.

 


Zoom sur l’école des cadres de santé de l’AP-HP

 

L’IFCS de l’AP-HP, créé en 1962, a pour mission principale la formation initiale des cadres de santé exerçant la fonction de manager dans les secteurs sanitaire et médico-social. L’agrément de I’établissement est de 185 places, ce qui en fait le premier IFCS de France par sa capacité d’accueil. Placé sous la responsabilité administrative et budgétaire de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP), il fait partie du Centre de la Formation et du Développement des Compétences (CFDC). Ses tutelles sont l’Agence régionale de Santé (ARS) pour le contrôle pédagogique et la Direction régionale de la Jeunesse et des Sports et de la Cohésion sociale. Chaque année, l’IFCS accueille en moyenne entre 140 et 160 étudiants dans ses trois filières paramédicales, soit 10 spécialisations ou métiers différents (infirmier, infirmier anesthésiste, infirmier de bloc opératoire, infirmière puéricultrice, manipulateur en électroradiologie médicale, technicien de laboratoire médical, préparateur en pharmacie hospitalière, masseur-kinésithérapeute, diététicien, ergothérapeute).

Source : Assistance publique – Hôpitaux de Paris